La Décennie pour la biodiversité

Interview de François Danic, Biogéochimiste, Ingénieur "Carbone" et Biodiversité, habilité par l'ADEME à la méthode Bilan Carbone® chez EVEA. Janvier 2012

EVEA : L’ONU a lancé en décembre 2011, la Décennie pour la biodiversité (2011-2020) afin de promouvoir la mise en œuvre d’un ’’plan stratégique’’ visant ’’à intégrer la biodiversité à tous les niveaux’’.
En quoi consiste plus précisément la décennie pour la biodiversité ? à quoi fait-elle suite ?

FD : Le 21 décembre dernier, la 65e Assemblée générale des Nations Unies a déclaré 2011-2020 Décennie pour la biodiversité. Cette déclaration est l’écho de l’adoption du Plan d’action pour la biodiversité 2011-2020 ratifié à la dixième conférence des parties de la Convention sur la Diversité Biologique à Nagoya, dans la province d’Aichi au Japon, en octobre 2010 (année internationale de la biodiversité).

Il est à noter que cette 65e assemblée a validé la création de la Plate-forme scientifique et politique intergouvernementale sur la biodiversité et les services de l'écosystème (IPBES), une nouvelle instance conçue sur le modèle du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) visant à rapprocher les scientifiques des décideurs politiques, et ainsi catalyser une réponse à la fois locale et globale à l'érosion de la biodiversité.

Le Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 est un cadre d’action échelonné sur dix ans. Il comprend une vision partagée, une mission, des buts stratégiques et 20 objectifs ambitieux mais réalisables, nommés « Objectifs d’Aichi ». Le Plan stratégique sert de cadre flexible pour la mise en place d’objectifs nationaux et régionaux et favorise la mise en œuvre cohérente et efficace des trois objectifs de la Convention sur la diversité biologique.

EVEA : Quelle conséquence cela pourrait-il avoir sur l'attitude des gouvernements ? Et plus particulièrement en France?

FD : Les états participant à la Convention sur la Diversité Biologique développent des stratégies pour faire face à l’érosion de la biodiversité et répondre aux exigences du protocole de Nagoya.

La France a ainsi révisé sa première stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) adoptée en 2004 pour être plus en adéquation avec les objectifs d’Aichi et propose a tous les acteurs français, entreprises, association, institution à prendre engagement volontaire à cette stratégie. Près de 200 organismes adhère aujourd’hui à la SNB 2011-2020.

EVEA : Quelles actions pourraient être mises en place pour initier l'intégration de la biodiversité dans les considérations actuelles ?

FD : Les parties prenantes à la vie économique française sont en bonne compréhension des enjeux climatiques et énergétiques, enjeux largement médiatisés et dont les effets commencent à être perçus économiquement et environnementalement. Les enjeux climatiques et de l’érosion de la biodiversité sont interdépendants, une première approche serait d’intégrer la biodiversité au changement climatique dans la sensibilisation. L’évaluation des services rendus par la biodiversité à une activité est un mode d’intégration plus factuel, elle permet d’avoir une échelle de comparaison pour les entreprises.

EVEA : Comment voyez-vous l'évolution de la prise en compte de la biodiversité dans les années à venir ?

FD : En France, plus de 40% des entreprises considèrent que la perte de biodiversité affectera leur activité à l’avenir, celles-ci sont donc en demande d’outils d’évaluation de leur dépendance et de dimensionnement du service rendu par la biodiversité.

Au niveau réglementaire, dans une logique similaire à celle du changement climatique, il se pourrait que les entreprises et institutions soient soumises à évaluation.