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Gros plan sur des tuyaux en cuivre

Matériaux critiques : quand l’ACV ne suffit plus à sécuriser les décisions de conception

26/01/2026



Décider au-delà du « moins impactant »

 

Chez EVEA, nous utilisons l’ACV pour éclairer des décisions de conception depuis plus de vingt ans. Dans la majorité des cas, elle permet d’objectiver les impacts, de comparer des options et de guider les choix techniques.

 

Mais certains projets résistent à cette logique. Les résultats sont contrastés, parfois ambigus, et aucune solution ne s’impose clairement. Pourtant, sur le terrain industriel, les conséquences de ces choix peuvent être radicalement différentes, par exemple en matière de coûts, de continuité d'activité, de tension sur l'approvisionnement en matières premières, etc.

 

C’est typiquement le cas des choix matériaux intégrant des métaux critiques. Dans ces situations, l’ACV reste indispensable ; mais elle ne suffit plus. Elle doit être complétée par une lecture des risques, des dépendances et des vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement.

 

Ce que l’ACV éclaire… et ce qu’elle ne prétend pas couvrir

 

L’analyse de cycle de vie est conçue pour répondre à une question précise : quels sont les impacts environnementaux associés à un produit ou un service, sur l’ensemble de son cycle de vie ?

 

Elle apporte :

  • une vision systémique des flux de matières et d’énergie ;
  • une comparaison rigoureuse à service rendu équivalent ;
  • un cadre scientifique robuste pour éviter les transferts d’impact ;

 

Elle constitue donc un socle incontournable de toute démarche d’éco-conception. Mais nous savons aussi, par l’expérience de nos projets, que l’ACV ne dit rien des risques géopolitiques, économiques ou stratégiques liés aux matériaux mobilisés.

 

Autrement dit : un produit peut être optimisé d’un point de vue environnemental, tout en restant fragile du point de vue industriel.

 

La criticité des matériaux : un risque, pas un impact

 

Une lecture complémentaire, pas concurrente de l’ACV.

 

La criticité ne mesure pas une pollution, une consommation de ressources ou une émission. Elle qualifie un niveau de dépendance et un risque de rupture.

 

Elle dépend notamment :

  • de la concentration géographique de l’extraction ou du raffinage ;
  • de la stabilité politique des pays producteurs ;
  • de la capacité de substitution du matériau ;
  • de son importance stratégique pour une filière ou un territoire.

 

C’est pour cette raison que la criticité ne peut pas être intégrée « telle quelle » dans une ACV classique. Elle relève d’un autre registre : celui de la résilience des chaînes de valeur.

 

Une notion fondamentalement contextuelle

 

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à considérer la criticité comme une propriété intrinsèque d’un matériau. En réalité, elle varie selon l’acteur, le territoire et le niveau de transformation.

 

Un matériau classé critique au niveau européen peut ne pas l’être pour un acteur disposant d’un accès direct aux ressources ou au raffinage. À l’inverse, un matériau peu visible dans les listes réglementaires peut devenir critique pour une entreprise fortement spécialisée.

 

Chez EVEA, nous abordons la criticité comme une question située : critique pour qui, où, et dans quelle configuration industrielle ?
 

Le cobalt raffiné illustre parfaitement cette relativité : classé critique par l'Union européenne, il ne présente aucun risque d'approvisionnement pour la Chine, qui assure plus des trois quarts de sa production mondiale selon l'Agence internationale de l'énergie. La criticité d'un matériau n'est donc jamais absolue.


Batteries lithium-ion : quand l’ACV ne permet pas de trancher seule


Les comparaisons entre batteries NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt et LFP (Lithium-Fer-Phosphate) illustrent bien cette complexité. À service rendu équivalent, les résultats ACV varient selon les hypothèses, les indicateurs analysés et les périmètres retenus. Les écarts existent, mais ils ne permettent pas toujours de conclure sans ambiguïté.

 

L’analyse de criticité, qu'elle s'appuie sur une matrice (comme la matrice européenne qui croise importance économique et risque d'approvisionnement) ou sur des indicateurs (comme GeoPolRisk), change alors la lecture. Elle met en évidence la dépendance aux métaux comme le cobalt ou le nickel, leur forte concentration géographique et les tensions associées à leur approvisionnement, notamment en Europe.
 

Nous détaillons ces deux approches dans la section suivante.
 

La question ne devient plus seulement « quelle batterie est la moins impactante ? », mais : « quelle technologie est la plus robuste face aux contraintes à venir ? »

C’est à ce moment-là que l’ACV, tout en restant essentielle, devient un outil d'arbitrage à compléter par d'autres grilles de lecture.
 

Articuler ACV et criticité : notre approche chez EVEA

 

Dans les projets que nous accompagnons, l’ACV constitue la base commune. Son inventaire détaillé des flux, des volumes et des origines géographiques est un point d’appui essentiel pour aller plus loin.

 

Nous complétons cette base par :

  • des indicateurs de criticité adaptés (matrices européennes, approches sectorielles comme GeoPolRisk) ;
  • une lecture experte des chaînes de valeur concernées ;
  • une mise en perspective des résultats avec les contraintes économiques, industrielles et réglementaires du client.

 

Cette approche est particulièrement pertinente lorsque :

  • les matériaux minéraux et métalliques représentent un enjeu central du produit ;
  • les résultats environnementaux sont proches ou contradictoires ;
  • les décisions engagent l’entreprise sur le long terme.

 

Anticiper plutôt que subir : un enjeu stratégique

 

Les évolutions réglementaires, comme le Critical Raw Materials Act, confirment une tendance de fond : la dépendance aux matériaux critiques devient un sujet structurant des stratégies industrielles.


Ce règlement européen fixe des objectifs ambitieux à l'horizon 2030 : au moins 10 % des besoins européens devront être couverts par l'extraction locale, 40 % par la transformation en Europe, et 25 % par le recyclage. Pour chaque matériau stratégique, un maximum de 65 % des besoins annuels de l'UE pourra provenir d'un seul pays tiers.

 

Dans ce contexte, une décision soutenable doit aller au-delà de la réduction d'un indicateur environnemental. Elle doit aussi :

  • sécuriser les approvisionnements ;
  • limiter l’exposition aux fluctuations de prix ;
  • renforcer la résilience des chaînes de valeur.

 

Nous pensons que la valeur de l’ACV ne réside pas uniquement dans la mesure des impacts, mais dans sa capacité à nourrir des décisions éclairées, complétées lorsque nécessaire par d’autres grilles de lecture.

 

Parce qu’une bonne décision environnementale n’est durable que si elle reste tenable dans le temps.

 

Sujet suivi par Martin Fabregues, consultant ACV et éco-conception

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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